Si nos vies ne sont pas éternelles, nos bonnes actions, quant à elles, ont quelque chose d’éternel, de divin, … Le Frère Gaston Jeurissen n’est plus, du moins il n’est plus du monde de la vie biologique depuis le 21 janvier 2022. Ce témoin infatigable de l’Évangile s’est éteint à l’âge de 96 ans dans son pays natale la Belgique et dans sa famille spirituelle des Frères de la charité.

Ce missionnaire d’un courage apostolique et d’une originalité prophétique exceptionnels est l’un des personnes que l’on peut appeler « les pièces maîtresses de la chaîne de la foi chrétienne » dans la paroisse de Zaza. En effet, la chaîne de la foi est très important dans la vie des croyants. La généalogie de Jésus présentée par l’Évangile de Saint Matthieu (1, 1-17) et celui de Saint Luc (3, 23-28) montre bien que Jésus vient de quelque part : il vient des hommes de foi en Dieu. Bref, même si Jésus est vrai Dieu et vrai homme et qu’il accomplit l’Histoire, celle de son peuple et celle de l’humanité, il est présenté comme celui qui vient d’une tradition et d’un peuple de foi. En rendant hommage au Frère Gaston, je médite sur la place de la mémoire dans la foi et la vie de l’Église. En effet, Jésus, lui-même, dans les Évangiles, ne cesse de faire référence aux prophètes de sa religion. L’Église, elle-même, vit de la mémoire du Christ et de celle des témoins de la foi chrétienne.

Dans ce sens, la communauté chrétienne catholique de la paroisse de Zaza est appelée, à l’exemple de Jésus et de l’Église, à vivre de la mémoire de Frère Gaston qui a, pendant plusieurs années, réalisé un apostolat d’une rare richesse auprès des enfants de « Pueri cantores ». Parmi les enfants dont le Frère Gaston a pris soin, comme tout Bon Pasteur, figure un nombre important de prêtres, religieux et religieuses ainsi que des laïcs engagés à plusieurs niveaux de l’Église et de la sociétés. Les fruits de son œuvre dépasse les frontières du diocèse de Kibungo, puisque le nombre de paroisses qui comptent les petits chanteurs ne se compte plus.

En accompagnant ce missionnaire des enfants à sa dernière demeure, nous nous rappelons ses valeurs dont il a fait preuve toute sa vie durant et dont nous avons été témoins. La valeur fondamentale est celle de l’éducation à la foi chrétienne. En effet, celle-ci est importante mais il nous a montré qu’elle ne s’enseigne pas n’importe comment. Frère Gaston, comme un enseignant digne et professionnel mais aussi comme un homme de foi et un homme d’Église, était attentif à la méthode. Ainsi, il avait une grande qualité d’écoute et d’amour de chaque enfant qui venait vers lui ; il cherchait à faire rêver les enfants au-delà des conditions de leur famille, de leur culture, de leur niveau de vie, de leur genre, etc. Il faisait cela à travers la découverte des chants en latin, italien, anglais, français, allemand, et évidement en néerlandais, sa langue maternelle. Il nous a fait voyager à plusieurs reprises à l’intérieur du Rwanda et à l’étranger, loin de notre région enclavée. En effet, il avait fait de Zaza la paroisse où il y avait une importante concentration d’enfants qui avaient voyagé dans beaucoup de pays européens, qui avaient été reçus par le Pape au Vatican, avant les JMJ ! Quel génie missionnaire et pastoral !

L’œuvre de cet apôtre des enfants interpelle l’Église, à l’heure de la synodalité, quant à la valorisation des différents mystères qui incombent à tout baptisé. En effet, un frère, sans titre clérical aucun, a su assumer sa mission évangélisatrice d’une façon originale et surtout engagée, par le chant, par l’amour des enfants. À l’heure des abus sexuels commis sur des mineurs dans le cadre de relations pastorales au sein de l’Église, le Frère Gaston est un modèle de la pastorale auprès des enfants dans l’Église car il n’a cherché que la gloire de Dieu et le salut des hommes et des femmes sans mettre en avant son ego, sa personne, sa soif du pouvoir, etc. Nous étions, pour lui, les héritiers du Royaume de Dieu et donc dignes du respect et d’amour inconditionnel.

A l’heure où le Pape François nous convie à bâtir une Église synodale et à repenser un Pacte Éducatif nouveau, l’œuvre du Frère Gaston nous interpelle pour repenser, au sein de l’Église, l’authenticité de notre engagement, l’humilité et l’effacement devant le Seigneur et devant celles et ceux vers qui Dieu nous envoie. Par-dessus tout, sa mémoire nous questionne, sans aucun doute, sur la place réservée aux enfants dans notre pastorale. Frère Gaston nous a éduqués non pas par une série d’interdits mais, tout simplement, par des exemples d’un cœur aimant et dévoué au Christ et à nous.

Puisse le Seigneur accueillir son serviteur le Frère Gaston dans son Royaume, car :

Nous avions faim de la Parole de Dieu et Frère Gaston nous l’a enseignée en chantant ;

Nous avions faim et Frère Gaston nous a donné à manger ;

Nous étions orphelins et pauvres et Frère Gaston nous a relevés et consolés ;

Nous étions des enfants fragiles et Frère Gaston nous a aimés et accueillis sans nous juger ;

Nous étions des enfants sans confiance en nous-mêmes et Frère Gaston nous a fait rêver ;

Nous étions exclus et le Frère Gaston nous a ouverts au monde ;

Nous étions désespérés et recroquevillés sur nous-mêmes et Frère Gaston nous a rendus sensibles à la fragilité et à la misère des autres ; …

Il nous a appris à avoir un cœur d’enfant et nous garderons jalousement ce cœur d’enfant comme il l’a fait jusqu’à 96 ans !

Merci Frère Gaston !

Prof. Jean-Paul Niyigena, l’un des enfants spirituels de Frère Gaston et fondateur du Foyer Tuzamenya gusoma inspiré de l’œuvre de Frère Gaston

« Laissez les enfants venir à moi, ne les en empêchez pas » Mt 19, 14.

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