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UN JOUR NOUVEAU SE LEVE SUR L’EGLISE DU RWANDA ET SUR L’EGLISE UNIVERSELLE

Propos d’un théologien rwandais sur la nomination du premier Cardinal rwandais

L’élévation de Monseigneur Antoine KAMBANDA, Archevêque de Kigali et Administrateur Apostolique de Kibungo, au rang de Cardinal par le Saint-Père intervenue le dimanche du 25 octobre 2020 fut, à juste titre, un événement de grande ampleur pour l’Église du Rwanda. Pour la première fois, dans l’histoire de l’Église universelle, un fils de notre Église a été choisi pour faire partie du groupe restreint qui entoure le Pape, qui choisit celui-ci et au sein duquel est élu le successeur de Saint Pierre. Pour cela, la tâche du nouveau Cardinal est tellement exigeante et d’une importance capitale que la jubilation et la satisfaction, parfois condescendantes, peuvent nous faire passer à côté d’un signe divin.

Pourtant, comme on le sait bien, notre Église du Rwanda est riche en ce type de signes dont le plus emblématique reste les apparitions de la Vierge Marie, la Mère du Verbe, de Kibeho. L’élévation de Monseigneur Antoine Kambanda au rang de Cardinal est donc un signe riche en significations que Dieu vient, encore une fois, d’accomplir en faveur de notre Église du Rwanda comme il en a toujours donné à son peuple, depuis l’histoire des Juifs jusqu’à l’Église de notre temps, en passant par le plus grand signe inégalable qu’est l’Incarnation. Le propre d’un signe divin consiste dans le fait qu’il nous invite à en chercher le sens profond pour nous. Cette grâce pour la personne de Monseigneur Antoine Kambanda et pour notre Église du Rwanda mérite, ainsi, d’être interprétée par-delà les voies des définitions et des doctrines.

Professeur Jean-Paul NIYIGENA

C’est pourquoi, dans cette petite et modeste réflexion théologique, je voudrais faire de ce signe de l’élévation de Monseigneur Antoine Kambanda  au rang de Cardinal une clé de compréhension d’abord de l’histoire de l’Église de notre pays et puis des défis que cette nomination lance à notre Église pour soutenir et porter le plus important de ses fils dans l’accomplissement de cette nouvelle mission au service de l’Évangile et de l’Église universelle et enfin de l’espérance de notre Église à offrir et à partager à l’Église universelle. Ces trois aspects sont en surplus pensés pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

  1. Cardinalat de Monseigneur Antoine Kambanda : une clé de compréhension de l’histoire de notre Église

Ce signe, qui nous comble de joie et pour lequel toute l’Église du Rwanda rend grâce à Dieu, doit nous pousser à faire mémoire de notre histoire qui a été marquée par les moments de fidélité et les moments d’infidélité à Dieu, à nos frères et sœurs

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. Cela fut le cas chez le peuple de Dieu depuis l’alliance que celui-ci a conclue avec Abraham. Dès lors, la grandeur d’une Église ne dépend pas des mérites de ses actions resplendissantes aux yeux de Dieu. Pour cela, notre Église doit prendre conscience que ce n’est, en aucun cas, nos mérites qui auraient poussé le Saint Père à se faire entourer, pour la première fois dans l’histoire de l’Église universelle, de l’un de nos fils. L’élévation de Monseigneur Antoine Kambanda n’est pas le résultat d’une foi sans faille au sein de notre Église. Elle est le signe de la présence continue de la foi en Jésus-Christ depuis 120 ans au Rwanda, malgré nos infidélités. Pour cela, nous n’avons qu’à rendre grâce du don des catéchistes infatigables, des enseignants inlassables, des parents qui n’ont cessé, par leurs paroles et actes, de porter leurs enfants au sein du mystère du Ressuscité, des prêtres, des religieux, des religieuses et des évêques qui, à travers les hauts et les bas de l’histoire de notre Église, ont su continuer à porter le flambeau de la foi en Jésus-Christ reçue des Missionnaires. Malgré les infidélités de notre Église, l’Esprit-Saint n’a cessé d’insuffler chez nos frères et sœurs la force et le courage de témoigner de la foi et de l’amour qui proviennent du Christ.

L’élévation de Monseigneur Antoine Kambanda au rang de Cardinal nous apprend que nous sommes une Église en chemin vers la Jérusalem céleste et que, sur ce chemin, il est inutile de glorifier triomphalement nos mérites. La conscience que nous devons garder de ce chemin doit être marquée par l’humilité et la fidélité à la foi et à la miséricorde de Dieu. Notre Église a lavé ses vêtements dans le sang de l’Agneau, comme toute l’Église universelle, et particulièrement elle a lavé ses vêtements dans le sang de ses fils et de ses filles à travers l’histoire tragique de notre pays. Ainsi, c’est dans ce double sacrifice que s’est manifestée, de façon spéciale pour nous, la fidélité de Dieu qui appelle à nous réconcilier avec lui et avec nos frères et sœurs à travers son Fils. En cela, notre Église, à travers le plus grand de ses fils, Monseigneur Antoine Kambanda, peut offrir au monde la grâce de rechercher inlassablement la Réconciliation dont l’humanité tout entière a tant besoin aujourd’hui. Pour cela, notre Église est appelée à se mettre sans cesse à l’écoute de Jésus pour que celui-ci continue de faire d’elle le levain de la réconciliation au Rwanda et dans le monde.

  • Cardinalat de Monseigneur Antoine Kambanda : une clé de compréhension des défis de notre Église

Dans la tradition rwandaise et africaine, une personne qui est choisie pour assurer des charges de haut rang reçoit des conseils et l’affection de sa famille voire de tous les sages du village

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. Car sa réussite est avant tout la réussite et la fierté de la famille, du village, du pays. Cependant, plus la charge est exigeante plus l’introspection et le diagnostic des forces dont dispose la famille se montrent rigoureux et précis. Alors que notre fils va désormais siéger autour du Pape pour le conseiller dans le gouvernement de l’Église universelle, notre Église ne dispose pas encore de laboratoire où se structure et s’explicite le sens des Écritures Saintes, où celles-ci sont confrontées à la réalité du quotidien, où les affirmations de la Tradition sont décortiquées et explicitées.

Il est vrai que notre Église du Rwanda a fait des progrès significatifs dans l’élaboration des chants liturgiques en Kinyarwanda ; elle est réputée pour ses églises toujours pleines malgré le départ massif de certains jeunes dans les Églises de réveil ; les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée sont nombreuses et diversifiées chez les jeunes rwandais ; les prêtres, religieux et religieuses en mission dans les Églises sœurs ne se comptent plus ; les fidèles ici et là prennent en charge des frais de construction des églises et de fonctionnement de leurs paroisses, etc.

Ces éléments montrant la réussite, certes vraie, ne doivent pas néanmoins nous cacher les défis actuels de notre Église. En effet, il est urgent que notre Église, pour soutenir et porter notre Cardinal dans son service à l’Évangile et à l’Église universelle, se dote d’un laboratoire où se scrute l’Évangile et la Tradition pour en dégager le sens nouveau enrichi de l’expérience rwandaise destiné à notre époque et que nous pourrons offrir à l’Église universelle. Ce manque de laboratoire théologique est en lien avec la pastorale chancelante des intellectuels. Il est également la cause d’une référence récurrente et stérile aux formules quasi magiques de la doctrine. Ce manque de laboratoire théologique entretient malheureusement l’ignorance religieuse chez les fidèles et la paresse intellectuelle chez les pasteurs ; cela est une porte ouverte à toutes les formes de manipulation et d’instrumentalisation religieuses dont l’Afrique souffre aujourd’hui.

Notre Église doit oser se confronter à l’Évangile plus tôt que de se contenter de la sécurité apparente mais infantilisante qu’elle trouve dans les répétitions incessantes des doctrines. Les vérités de la foi telles qu’elles sont présentes dans les Évangiles doivent être sans cesse réinterprétées, à la lumière de la vie des Rwandais d’aujourd’hui, comme Monseigneur Aloys Bigirumwami, le premier fils de notre Église à avoir été élevé au rang de successeur des apôtres, l’a toujours fait. C’est en nous réappropriant les intuitions profondes de ce patriarche de notre Église que nous pourrons faire résonner les vérités évangéliques dans les cœurs de nos contemporains.

L’élévation de Monseigneur Antoine Kambanda au rang de Cardinal est un appel à la reconversion profonde de notre Église, au courage de rencontrer le Christ dans les Saintes Écritures et non pas seulement dans les célébrations liturgiques aux apparences parfois magiques. C’est à cette condition que notre Église, à travers l’un de ses fils, contribuera significativement à l’avènement du renouveau évangélique dans l’Église universelle comme ce fut le cas avec le Pape François à propos de l’insistance évangélique sur la préférence des plus petits.

  • Cardinalat de Monseigneur Antoine Kambanda : une clé de compréhension de l’espérance de notre Église

Pour terminer, l’élévation de Monseigneur Antoine Kambanda au rang de Cardinal est une clé de compréhension de l’espérance de notre Église. Contre tout désespoir, notre Église a tenu dans l’espérance et dans la foi. Cependant, l’espérance n’est pas une vertu de la passivité. Elle est nous met sur le chemin de la foi avec plus de joie et de confiance en Jésus. Cette espérance nous invite à un accueil responsable et mature du signe que Dieu vient d’accomplir dans notre Église et nous devons nous en montrer dignes et conséquents. L’espérance n’est donc pas l’arme du plus faible, de celui qui s’enferme dans ses faiblesses et oublie l’intelligence, la grandeur et la dignité que Dieu a mises en chacun de nous. C’est avec l’espérance que nous devons nous relever chaque fois que nous tombons, chaque fois que nous pensons que tout est fini, devant l’innommable, l’absurde et l’incongru aux yeux du monde pour faire encore une fois confiance à Dieu et, ainsi, nous remettre sur son chemin.

L’espérance dont nous devons témoigner est celle que les hommes et les femmes de notre temps attendent impatiemment, celle peut-être qui tarde à devenir une réalité mais celle en laquelle Dieu reste présent. Grâce à cette espérance, notre Église du Rwanda, de façon peut-être moins spectaculaire et pas triomphale, est appelée à se reconvertir à l’Évangile afin de faire advenir, d’accueillir et d’être l’Être nouveau selon le dessein de Dieu. L’élévation de Monseigneur Antoine Kambanda au rang de Cardinal est un signe de l’espérance en l’Être nouveau dont Dieu est le seul artisan et qu’il suscite dans son Église selon sa volonté. Dieu, à travers l’élévation, cherche à raffermir l’espérance de son Église qui se trouve au Rwanda et de faire de celle-ci un lieu d’apparition de la Créature nouvelle. A nous d’être plus attentifs, dans l’espérance, aux signes de Dieu.

Forts de la foi, du courage et du témoignage de nos ancêtres premiers baptisés, catéchistes, prêtres, religieux, religieuses et évêques rwandais, notre Église du Rwanda est prête, la grâce de Dieu aidant, à assumer cette responsabilité au sein de l’Église universelle de Jésus-Christ.

En ce jour de Tous les Saints 2020 et de la fête de ma Paroisse-mère de Zaza

Prof. Jean-Paul Niyigena Université catholique du Rwanda et Université catholique de Louvai

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