Synode des Evêques sur les jeunes: «Renforcer la joie de vivre avec le Christ dans la communion ecclésiale»

Troisième rapport du 3e groupe francophone : SYNODES DES EVEQUES
«Renforcer la joie de vivre avec le Christ dans la communion ecclésiale», c’est l’objectif proposé par le troisième groupe de travail francophone du synode sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations » (3-28 octobre 2018).

Les travaux de groupes sont achevés. Ce mardi, le 23 octobre, un projet de document final va être présenté aux Pères du synode pour amendements.

Ce groupe insiste également sur la place des jeunes dans la communauté ecclésiale, la place de la femme, l’importance de l’éducation, et sur le rôle des laïcs pour « l’inculturation de la Doctrine sociale de l’Église », pour « servir la communion humaine ».
Cette troisième série de rapports des groupes (sur la troisième partie de l’ « Instrument de travail » du synode, a été publiée samedi le 20 octobre 2018 par le Saint-Siège.

Rapport – Circulus Gallicus C
Modérateur: Card. Dieudonné NZAPALAINGA, C.S.Sp.

Rapporteur: Fr Bruno CADORÉ, O.P.

Notre groupe voudrait proposer cinq orientations pour que le chemin de conversion pastorale et missionnaire de l’Église dans sa mission avec les jeunes renforce la joie de vivre avec le Christ dans la communion ecclésiale.

1. Notre première orientation est de méthode:

En effet, il nous semble que deux critères doivent être pris en considération pour répondre à la tâche assignée à ce troisième temps de la réflexion synodale: la participation des jeunes à l’élaboration du sensus fidei fidelium devant les perplexités contemporaines et, pour cela, il faut tenir compte de la diversité de la jeunesse du monde et de l’Église elle-même comme de la diversité des contextes sociaux, culturels et ecclésiaux; l’appel lancé à toutes les Églises particulières de poursuivre à leur tour, en conversation rigoureuse et continue avec les jeunes de l’Église ou hors d’elle, le processus engagé dans le présent synode, et de poser des jalons concrets pour progresser comme communauté ecclésiale dans la mission, de laquelle les jeunes seront clairement invités à être protagonistes.
Nous souhaitons donc que les conclusions de ce synode soient l’occasion d’associer chaque évêque et, à travers chacun, chaque diocèse de l’Église universelle à la démarche que nous avons eu la grâce de faire. Nous souhaitons qu’ainsi se prolonge cette démarche que l’on peut désigner d’une manière assez simple:
1. Considérer les jeunes comme le présent de l’Église, parce que, vivant eux-mêmes cette période transitoire de la jeunesse, ils sont confrontés avec une sensibilité sans égale à la complexité des mutations culturelles qui sont autant de défis à l’articulation de la dignité de chaque individu avec la dignité des sociétés humaines: pour cela, ils ont besoin d’entendre le témoignage de la proximité du Christ pour chacun et d’apprendre à vivre eux-mêmes la joie de cette rencontre personnelle avec le Christ;
2. les écouter parce que ce sont les expériences de vie et les questions de la plus jeune génération qui rendent le corps entier capable de transmission: or, la question qu’ils portent est de savoir comment, dans ce contexte, l’Église peut donner le témoignage de l’amitié de Dieu pour le monde, à commencer par celles et ceux qui sont loin ;
3. identifier les changements d’attitude, d’orientation, de pratiques et de fonctionnement des institutions, qui permettront de se lancer avec eux les jeunes dans l’aventure d’une conversion pastorale et missionnaire qui rajeunira le visage de l’Église parce qu’elle libérera l’énergie d’une créativité renouvelée du témoignage et de l’annonce de l’Évangile du Christ.
Nous suggérons qu’un mode de suivi et d’évaluation d’un tel processus soit mis en place, auquel participeront des jeunes, pendant les trois années qui viennent.

2. Accorder un soin particulier des jeunes dans les communautés ecclésiales:

Au cours de ce temps de prolongation de la démarche synodale, nous suggérons que chaque diocèse ait à cœur de marquer concrètement cette option pour les jeunes en promouvant un soin particulier pour la qualité humaine, la foi et la joie des communautés ecclésiales. C’est à cette condition que la foi ne sera pas limitée à sa seule dimension individuelle, mais fera grandir la capacité de chacun à être acteur de la communion ecclésiale.
– Les communautés ecclésiales locales doivent être invitées à développer leur identité de «famille de Dieu», y accueillant les plus jeunes comme membres à part entière de sorte que les uns et les autres soient heureux et fiers d’appartenir à cette communauté et d’y trouver comme un «écosystème» de leur maturation humaine, croyante et missionnaire.
– Les communautés ecclésiales sont d’abord des communautés de foi. C’est pourquoi cet accueil des jeunes donnera une large place au partage des expériences de foi, dans la confrontation à des réalités appréhendées de manière souvent différente par des jeunes et des moins jeunes. C’est aussi la raison pour laquelle on développera des propositions de formation de la foi, en particulier de type catéchuménal, impliquant des membres de la communauté et privilégiant l’amitié dans la foi partagée, à l’occasion de la préparation aux sacrements, y compris du mariage et de son accompagnement.
– Mais une communauté ecclésiale est également communauté évangélisatrice. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à appeler concrètement les jeunes à prendre leur part de coresponsabilité dans des projets apostoliques de leur communauté d’appartenance, privilégiant la rencontre des plus pauvres et des plus éloignés, à commencer par les jeunes hors de l’Église dont cette dernière veut apprendre à se faire proche et amie. La part missionnaire de la vie de foi doit être partie intégrante de la transmission de la foi. De même, l’apprentissage de la synergie entre les différents groupes et mouvements est indispensable pour découvrir que de la mission d’évangélisation assumée ensemble naît la communion. Au moment de leur vie où les jeunes ont besoin d’expérimenter l’appui à une identité croyante solide, ils doivent aussi être accompagnés pour le faire, à partir de leur diversité, en contribuant à cette communion. En ce sens, il est recommandé de mettre en œuvre, de manière systématique, l’accompagnement pastoral des groupes et mouvements de jeunes par des équipes pluralistes.
– Impliquer chaque fois que c’est possible, des jeunes, comme réellement co-responsables, dans le fonctionnement des institutions de la communauté, de la paroisse ou du diocèse; à ce propos, concernant l’Église universelle, nous ne recommandons pas la création d’un nouveau Dicastère qui serait consacré aux jeunes et risquerait d’accentuer leur isolement, mais plutôt une pratique plus transversale par l’implication de jeunes dans tous les Dicastères qui ont à traiter de sujets sur lesquels leur expérience doit être écoutée, et peut être féconde.
– Inscrire cette priorité en faveur des jeunes dans les choix budgétaires qui seront faits, au niveau paroissial ou diocésain.

3. Dans la communion de l’Église reconnaître vraiment la place de la femme:
Les jeunes sont aujourd’hui particulièrement sensibles au fait que l’Église n’accorde pas toute l’attention qu’elle devrait à la problématique de la femme dans le monde. D’une part, dans certains contextes culturels, la femme est réduite à une condition minorisée. D’autre part, dans l’Église elle-même, bien qu’on valorise souvent les figures maternelles, il semble qu’on n’ait pas encore pris pleinement la mesure que le moment était venu pour que femmes et hommes dans l’Église soient considérés vraiment également en matière de responsabilité. Nous pensons que la gravité et l’urgence de cette question justifie la mise en œuvre dans l’Église, sans plus tarder, d’une réflexion large et approfondie qui puisse fonder les changements profonds et radicaux qui s’imposent en ce domaine.

4. Affirmer l’urgence de l’éducation, ferment de communion:
L’Instrumentum laboris souligne de plusieurs manières l’importance du monde de l’éducation pour toute réflexion sur la mission de l’Église avec les jeunes. Nous voudrions ici quelques traits de la «sensibilité éducative de l’Église» à laquelle invite l’option pour les jeunes:
– Le monde de l’éducation est un lieu d’évangélisation privilégié. Au-delà de tout ce qui est souvent mis en valeur à ce propos (compétence et excellence, formation intégrale de la personne, formation des futurs acteurs des sociétés dans l’inspiration des valeurs chrétiennes), les lieux éducatifs doivent être des lieux privilégiés de témoignage de la vie avec le Christ et de la proposition de goûter cette expérience de la joie unique d’une rencontre avec Lui.
– Ces lieux sont, de plus, une opportunité inégalée pour apporter une contribution à la mission de l’Église de «prolonger la familiarité du Christ» avec les hommes. En ce sens, la mission éducative doit toujours s’inscrire en synergie avec la vie des familles et le témoignage de foi de l’Église, et cela doit inspirer les programmes de formation des enseignants, les propositions de formation humaine faites aux élèves, le dialogue des institutions éducatives avec d’autres institutions ou mouvements ecclésiaux. Ils doivent être des lieux d’intégration par chacun de son humanité croyante.
– Nous pensons que la formation à la vie affective et à la sexualité doit trouver une place de choix dans les programmes.
– Certaines thématiques, qui sont citées de manière récurrente comme déterminant les mutations profondes des mondes contemporains, comme la réalité du continent digital, la question écologique, la politique dans la cité, le pluralisme culturel et religieux, devraient faire l’objet d’une attention particulière dans l’élaboration des programmes spécifiques des lieux éducatifs de l’Église du point de vue du dialogue de la foi avec ces nouveaux contextes.

5. Promouvoir l’engagement des laïcs dans «l’inculturation de la Doctrine sociale de l’Église», pour servir la communion humaine:
Les communautés ecclésiales doivent être des lieux où s’articulent l’expérience de la vie de foi, individuelle et communautaire, et la manière dont chacun éprouve les tensions éventuelles entre foi et pratiques de nouveaux savoirs. A ce titre, elles doivent être des lieux où est promue la «conversation» entre les membres de la communauté, pour enraciner, stimuler, l’élucidation théologique des nouveaux savoirs. Dans cette perspective, ici encore, les jeunes ont une place privilégiée dans la communauté, qu’ils soient porteurs eux-mêmes des savoirs innovants, ou qu’ils soient témoins des «périphéries» de ces courants dominants (jeunes ruraux, sous-éducation, exclus…).
Or, l’écoute des jeunes a mis en évidence combien il était important pour eux de discerner comment puiser dans leur expérience de foi pour établir un dialogue avec les réalités culturelles qui sont les leurs, et tout particulièrement dans les domaines où s’opèrent de profondes mutations des repères pour agir, des systèmes de valeurs pour inspirer ses choix, et des représentations de l’humain et du monde pour s’identifier et contribuer au bien de tous. Il nous semble donc que les jeunes appellent à deux changements d’attitude. Le premier est de ne pas d’abord énoncer des règles et des repères, mais de toujours donner la priorité à l’invitation à ancrer sa vie dans l’expérience personnelle et communautaire de foi. Le second est de développer autant que c’est possible le dialogue de la foi de l’Église avec ces nouveaux paradigmes culturels, non pas en privilégiant la prise de parole des clercs de l’Église sur ces sujets, mais en formant les jeunes de l’Église qui en sont des acteurs à savoir et oser y rendre compte de l’espérance qui est en eux. C’est ainsi que, progressivement, changera l’image de l’Église du Christ amie du monde.
Concernant la doctrine sociale de l’Église, nous voudrions souligner une fois encore la sensibilité de beaucoup de jeunes à des situations de graves injustices, déséquilibres sociaux, fractures culturelles, exploitation de l’humain. Certains en sont eux-mêmes victimes. Un très grand nombre portent la vive aspiration que l’annonce de l’Évangile soit réellement intrinsèquement liée au combat pour la justice, la paix et la transformation du monde. Ici encore, donner aux jeunes une place de choix au cœur de l’Église revient à offrir à cette dernière la chance d’un renouvellement de son zèle pour l’évangélisation.

Jeunes: Synode des Evêques

Pour la Commission diocésaine pour les Moyens de Communication et Activités Culturelles.

Abbé Dieudonné UWAMAHORO